mercredi 21 août 2019

Iran: une semaine dans le massif de l'Alborz (2/2)

 Les trois premiers jours ont été racontés ici. Voici la suite.
  • Jour 4 : Le camp de base de l'Alam Kuh
Le début de la journée est difficile; il nous faut à tout prix trouver un véhicule plus grand que la voiture de Rasoul. En effet, Dans la nuit est arrivé Javote, un ami de nos guides, qui va nous accompagner à l'Alam Kuh avant de partir pour deux années de service militaire. Un peu de patience et nous quittons enfin Kelardasht dans un 4X4 qui nous mène un peu au-delà du premier camp de base de l'Alam Kuh. Nous remontons une vallée où des bergers vendent du miel dans des tentes de la Croix rouge, croisant des camions qui transportent des grimpeurs et offrant à voir des paysages grandioses.


Enfin, le chauffeur nous dépose et, le temps de chercher une mule pour lui confier nos provisions pour les prochains jours, nous pouvons enfin partir pour le 2ème camp de base situé à 3 heures de marche environ. Nous sommes à environ 2900 mètres d'altitude et nous apercevons enfin les premiers névés.

Nous arrivons enfin en vue du camp de base n°2. Nous n'avions pas pris garde mais nous sommes déjà vendredi, si bien que tous les téhéranais amateurs de montagne sont venus randonner dans le coin. On est, fort heureusement d'ailleurs, loin de l'affluence du Mont Rinjani à Lombok (nous y étions il y a deux ans), mais il y a quand même pas mal de tentes. Elles ne resteront pas longtemps car tout le monde doit repartir au boulot, si bien qu'en début d'après-midi il ne reste que quelques tentes dont celles de l'agence Atour Adventure (qui propose l’ascension par la façade nord, une falaise de 800 mètres de hauteur!) que nous occupons. Donc, si vous avez l'intention d'aller vous balader en montagne en Iran, pensez à éviter les jeudis et vendredis si vous voulez profiter de la solitude des cimes.

Afin de nous mettre en condition et de produire les globules rouges dont nous aurons besoin, nous entreprenons une petite grimpette à 4200 mètres au cours de l'après-midi. Le sentier est agréable et il n'y a pas de difficultés majeures si bien que nous progressons d'un bon pas vers notre destination. Arrivés au sommet, nous patientons un moment le temps de nous habituer à l'altitude avant de repartir passer une bonne nuit au camp, à 3800 mètres.

  • Jour 5 : A l'assaut de l'Alam Kuh (4850 mètres)
Ça y est, le grand jour est arrivé ! Réveillés à 6 heures 30, nous avalons un petit déjeuner léger mais nourrissant, vérifions nos sacs et fourrons nos poches de fruits secs avant de partir pour l'ascension du 2ème sommet d'Iran derrière le mythique mont Davamand qui culmine à 5610 mètres. Ce sera pour une prochaine fois !
Jusqu'à 4650, tout va bien. Notre progression est normale: 300 mètres de dénivelé à l'heure ce qui, vu notre âge, n'est pas si mal... Au-delà, les choses commencent à se corser, surtout pour moi car quelques difficultés émaillent le chemin. Pour faire simple, disons que nous marchons le long d'une arrête, qu'il faut s'accrocher aux aspérités des rochers pour avancer, que regarder la pente est impossible et que je découvre que mon sens de l'équilibre est très défaillant. Cela dure jusqu'à 4750 m. environ. Au-delà, les choses s'améliorent à un détail près. De fortes bourrasques de vent se sont levées et il faut donc s'accrocher pour se stabiliser. Presque arrivés au sommet, nous rencontrons un groupe d'alpinistes qui se sont attaqués à la façade nord, une falaise dont les rochers ont tendance à se détacher et qui présente d'importantes difficultés techniques.
Nous ne regrettons pas les efforts accomplis. Le paysage est merveilleux et nous profitons d'avoir le sommet pour nous cinq seulement pour prendre un repos bien mérité.

Il est temps maintenant de penser au retour qui n'est pas non plus une promenade de santé.
Au total, nous aurons mis 4 heures pour monter, 3,5 heures pour redescendre et nous nous serons accordé 1/2 heure de pause. Au cours de ces 8 heures, nous n'avons pas souffert de l'altitude ni de la faim. Seif et Javothe ont été super, y compris pendant les moments difficile. Mention spéciale à Seif qui m'a accompagnée et tenu la main alors que je pensais que ma dernière heure était arrivée !
  • Jour 6 : A l'assaut de l'Alam Kuh (4850 mètres)
Pas de répit après notre exploit. La journée s'annonce longue car il faut passer deux vallées pour atteindre notre prochain campement. L'itinéraire se résume à une succession de montées et descentes qui promettent bien du plaisir. En voici un résumé. Départ du camp de l'Alam Kuk à 3800 m., montée vers le Lashkarak à 4200 m., puis descentes aux sources de Domche à 3750m., remontée au col de Gahvarechal à 4000 m. et descentes vers les sources chaudes de Takhhe Soleiman à 2550 m. Au total, cela donne + 750 mètres et -1900 mètres dans les mollets. 
Nous passons à proximité de lacs, de cascades et un nouveau paysage se dévoile des sommets.


Les rencontres se font de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que l'on descend dans la vallée. des cavaliers, des bergers et leur troupeau et même des groupes de personnes qui vont et viennent d'une bergerie à l'autre.

Près de 10 heures après être partis, nous arrivons enfin en vue d'une sorte de campement, caravansérail sommaire, qui est malheureusement de l'autre coté de la rivière. Il va falloir traverser un pont de bois vétuste et bancal ce qui ne semble pas gêner les guides mais qui est assez stressant vu les tumultes du torrent.
Après la quiétude des cimes, nous retrouvons les cris des enfants qui jouent, les hennissements des chevaux qui vont boire à la rivière, les interpellations et coups de sifflets pour ramener les mules à leur piquet et même une table autour de laquelle nous nous rassemblons pour boire le thé. Cet endroit est incroyable. Il rassemble des familles qui viennent y camper pour la nuit et profitent de deux sources chaudes pour se dépoussiérer. J'y suis allée mais les images resteront dans mes souvenirs car je n'ai évidemment pris aucune photo. 
Etant donné le faible nombre de touristes qui logent là, nous sommes l'objet d'une intense curiosité. Les enfants défilent devant la tente, les femmes tiennent à tout prix à ce que j'aille faire trempette avec elles mais no way car un attroupement s'est déjà formé autour de la source... et les cavaliers viennent nous montrer leurs chevaux.
Nous passons la nuit sous une tente réformée du croissant rouge, au milieu des insectes et respirant une bonne dose de poussière. Mais cela ne nous ôte pas le sourire!
  • Jour 7 : Retour vers Alamut
Il nous faut quitter le camp des sources chaudes de Takhte Soleiman pour descendre au village de Darjan d'où nous partirons pour rejoindre Alamut. En chemin, nous devons retrouver Rasoul qui accompagne un groupe d'italiens en route vers les sources. Il faut de nouveau passer sur ce terrible pont avant d'amorcer la descente. Nous ne sommes pas les seuls à partir. C'est tout le camp qui est en train de se préparer à monter ou descendre la vallée et, évidemment, les chevaux sont de la partie.


Nous galopons le long de la rivière, prenons le temps d'admirer les gorges encaissées tout en faisant très attention où nous posons le pied car le chemin est parfois glissant.

Les ponts se succèdent...
 ... et nous arrivons enfin au village où nous attend un délicieux en-cas composé de pain chaud et de fromage de chèvre frais.


La journée est loin d'être terminée. Deux cols nous séparent encore du château d'Alamut mais, cette fois, nous les franchirons en voiture.

Après quelques heures de route, nous arivons enfin au pied du chateau mythique, QG de Hassan ibn Sabah (1070-1124)chef de file des Assassins. Ce qui reste de la forteresse d’Alamut se dresse à une altitude de 2100 mètres au-dessus du village de Gâzor Khân. Cette forteresse a été construite vers 840 et a été prise en 1090 par Hassan ibn al-Sabbah surnommé le « Vieux de la Montagne » En 1256, Alamut se rendit sans combat à l’armée mongole d’Houlagou Khan qui déferlait sur l’Iran. Elle fut entièrement rasée. Aujourd'hui, le site archéologique est complètement à l’état de ruines surtout depuis le tremblement de terre de 2004 mais sa visite reste très émouvante.

Vue du village de Gâzor Khân depuis le château d'Alamut
Il est temps d'aller déjeuner à Razmian et de reprendre la route pour Téhéran où nous arriverons bien tard, pas très propres, un peu fatigués mais enchantés de cette première semaine en Iran. 
  • Avec qui ?
Toujours avec Rasoul Zarei que je vous invite à contacter 
par son site : alamutvalley.com
ou WhatsApp : +98 919 190 2485
Il est également présent sur Instagram : rasoul_alamutguide

mardi 20 août 2019

Iran : une semaine dans le massif de l'Alborz (1/2)

Après une demi-journée d'acclimatation à Téhéran, nous devons rejoindre Rasoul Zarei, notre guide, pour plusieurs jours de marche dans les vallées de l'Arboz. 


  • Jour 1 : de Téhéran à Rozmian

Afin d'éviter les terribles embouteillages de Téhéran, nous avons rendez-vous avec le taxi à 7 heures afin de prendre la direction de Qazvin à la fraîche. La ville est immense, nous n'en finissons pas de sortir et traversons d'immenses banlieues. À l'entrée de Qazvin nous retrouvons Rasoul et commençons par faire le plein car, au-delà, les stations service seront plutôt rares. Énorme surprise, le litre d'essence coûte 1000 rials, soit 8 centimes !!! Avec 4 euros, le réservoir est plein ...

Après 1 h 30 de route environ, nous arrivons en vue de la vallée d'Alamut au fond de laquelle coule le Shah Rud ou rivière du roi que les lecteurs admiratif du roman Alamut de Vladimir Bartol connaissent bien.
Les rizières à Rozmian
Quelle surprise de découvrir d'immenses rizières qui tapissent tout le fond de la vallée ! Nous nous arrêtons à Razmian pour déjeuner (nous y dormirons également) et aller visiter les ruines du château de Lambessar.
Le château des assassins de Lambesar
Ce château était probablement le plus grand et le plus fortifié des châteaux des ismaéliens, une secte dérivée de l'islam dirigée par Hassan ibn Sabbah (1070-1124) dit aussi le Vieux de la montagne". L'histoire dit qu'il aurait formé une troupe d'élite, les assassins (Hashashiyun ou fumeurs de hashish) chargés d'assassiner ou d'enlever des responsables politiques gênants pour les commanditaires de ces actes. On commence à douter de la chose, cette réputation assez moyenne devant peut-être au besoin de discréditer les ismaéliens. 

Il ne reste pas grand chose de l'immense château détruit, comme les autres, par les Mongols en 1256 après 18 mois de siège. Les fortifications et sa configuration (plus de 150 mètres de dénivelé entre le bas et le haut du château ainsi qu'une entrée unique) devaient le rendre imprenable. Les vallées très encaissées entourant la forteresse rendent l'accès impossible des côtés est et ouest. Les fronts nord et sud sont les seuls accès possibles. Les énormes parapets à deux étages constitués de très grandes pierres de 10 m de hauteur, ainsi que le bâtiment principal au nord de la forteresse avec ses murs de pierre taillée de 1,2 m de large, ses magnifiques réservoirs d'eau et ses magasins de céréales au sud et au sud-est du château, ses tours et un système d'approvisionnement en eau sont caractéristiques de la forteresse de Lambessar. Au nord, il reste un immense bâtiment avec 4 extensions plus petites qui font face à l’est. 

La vue offerte au sommet de la colline est absolument magnifique !

  • Jour 2 : de Rozmian au cottage de Seif
Après un somptueux petit déjeuner et une photo d'au-revoir avec Rasoul et sa soeur, nous partons en voiture depuis Razmian vers village de Hir où nous récupérons Seif qui nous accompagnera tout au long des prochains jours. 

De là, nous partons à pied vers Viar, une ferme où nous devons passer la nuit. Nous grimpons le long d'une vallée qui est un immense verger.
Nous suivons un ancien chemin qui mène jusqu'à la Caspienne (nous n'irons évidemment pas aussi loin à pied!) et passons dans des gorges, traversons des ponts et pouvons admirer les talents d'irrigation millénaires des perses. Toute la montagne est enserrée dans un immense réseau de canaux et tuyaux qui acheminent l'eau de la moindre source aux immenses champs de noyers, pommiers, haricots verts et "cornelian cherries", fruits d'une sorte de cornouillers, dont la vallée est le principal producteur au monde. Les fruits sont délicieux: ils présentent la forme d'une petite olive, sont de différentes nuances de rouge et ont un goût acidulé absolument délicieux!
Le chemin pavé vers la Caspienne


Cueillette de "barberries"
Après quelques heures de marche, nous atteignons un petit groupe de trois fermes parmi lesquelles le cottage de la sœur de Seif caché parmi les noyers. A environ 2100 mètres d'altitude, trouver autant de feuillus est vraiment inhabituel ! Nous allons passer la nuit dans cette jolie maison traditionnelle aux murs en pisé avec, au rez-de-chaussée, des pièces servant de réserves pour le foin, les outils et quelques animaux et, à l'étage, 4 pièces dont la cuisines, dont la dimension correspond parfaitement à celle des tapis qui couvrent l'intégralité du sol.
Très optimistes, nous décidons d'aller à la rencontre des antilopes perses et quittons le cottage en milieu d'après-midi pour nous élancer sur les pentes. Inutile de le cacher, en ce début de randonnée la fatigue se fait vite sentir. On est à peine à 2400 mètres mais le souffle manque un peu ! Quant aux antilopes, nous n'en verrons même pas le bout de la queue !

  • Jour 3 : du cottage de Seif à la Caspienne
La journée promet d'être longue. Tôt levés, nous partons en direction du Naft-e Chak, point de passage obligé pour aller au village du même nom. Un bel aperçu de cette partie de la randonnée est donnée par le blog Crumbling Castles
Heureusement que la nuit a été bonne car le chemin est raide! Je ne sais pas pourquoi mais la fameuse raffarinade "la route est droite, mais la pente est forte" me revient à la mémoire. Elle ne me quittera plus au cours des prochains jours ! Nous faisons une halte à coté d'un campement de bergers au bord des derniers champs cultivés, ici encore, à une altitude peu commune puisque nous sommes à environ 2500 mètres.
Campement de bergers et champs de haricots verts
A partir de là, les choses se compliquent un peu. Pour passer de l'autre coté, il faut emprunter une petite passe au milieu de la falaise. C'est assez technique, parfois effrayant car il faut s'accrocher aux rochers pour ne pas glisser. La photo qui suit en donne un petit aperçu...C'est cependant le seul moyen d'atteindre notre but !
Les falaises de Naft-e-Chak
Après 3 heures d'efforts, nous arrivons sur un immense plateau herbeux situé à 2800 mètres d'altitude qui est à la frontière des provinces de Qazvin, Gilan and Mazandaran (carte).

Les troupeaux de chèvres et moutons sont nombreux et nous croisons quelques bergers grâce auxquels nous pouvons remplir nos gourdes aux sources claires bien cachées entre les rochers.
Tant d'efforts méritent bien quelques récompenses. Nous rejoignons Rasoul et sa voiture à proximité du village dont j'ai oublié le nom où un copieux déjeuner nous attend !
A peine le temps d'avaler quelques brochettes qu'il nous faut déjà repartir vers la vallée qui doit nous conduire à l'Alam Kuh. A vol d'oiseau, nous sommes assez près. En fait, il faut descendre jusqu'à la Caspienne, étendue d'eau au statut indéterminé (lac ou mer, c'est selon) qui a, entre autres, la particularité d'être à -20 mètres. Le changement climatique est cause de la diminution continue de son niveau (environ -1 mètre par an) mais elle a fait l'objet, l'an dernier, d'un accord historique pour sa gestion après 20 années de négociations entre les pays qui la bordent (Russie, Iran, Kazakhstan, Azerbaïdjan et Turkménistan).
L'image que nous avions de l'Iran avait été quelque peu bouleversée par ces premiers jours mais nous tombons des nues en découvrant des paysages et une météo qui évoquent  davantage l'Indonésie que l'Asie centrale. des rizières à perte de vue, une humidité terrible, des lianes et fougères bordant les routes et montant à l'assaut des pentes. Bref, rien à voir avec ce à quoi on s'attend en allant en Iran !
En route vers la Caspienne

Le littoral est absolument épouvantable. Des constructions à perte de vue, impossible de voir l'eau depuis la route, et une chaleur accablante. Le temps de prendre une suée à Tonekaban et d'aller voir le rivage, nous repartons en altitude, vers la station de villégiature de Kelardasht à 1250 mètres où il fait plus frais. Pour fêter cela, nous arrosons notre dîner d'une bonne bouteille de Coca (produit localement sans versement de royalties aux Etats Unis comme il se doit).
 Pour la suite, c'est par là.
  • A lire absolument
Vladimir Baltol, Alamut
  • Contact pour la rando
Encore et toujours Rasoul Zarei pour sa parfaite connaissance des monts Alborz, son professionnalisme et sa bonne humeur : http://www.alamutvalley.com/